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De corps et d'esprit

 
Projet d'art public - intégration des arts à l'architecture.
Aluminium, rétroprojecteurs, 2023. 
Aréna Pierre-Provencher, Nicolet.
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En travaillant sur ce projet d’intégration à l’Aréna de Nicolet, j’ai réalisé à quel point ma pratique artistique de ces dernières années tissait des liens étroits avec le sport. On parle de performances sportives, et en art, ma pratique prend de plus en plus la forme de performances. 

 

Les points communs sont nombreux : le défi à relever, le dépassement de soi, l’importance du cadre temporel et spatial, etc. Mais l’accointance la plus fondamentale me semble l’implication du corps. Alors, comment impliquer le corps dans un projet d’art public? Comment réaliser une intégration à l’architecture qui touche au sport et au jeu, et comment présenter une œuvre qui ne promeut pas seulement l’art pour l’art, mais qui fait de l’art une œuvre symbolique, culturelle et aussi sociale.

 

Au moment de réaliser ce projet, nous vivions collectivement un traumatisme à travers la crise sanitaire liée à la COVID-19 et au confinement. Nous avons subi l’isolement social, la distanciation, la solitude. La pandémie nous a rappelé l’importance de la présence de « l’autre ». Dans ce contexte, j’ai été amené à penser à l’importance d’une démocratisation de la culture qui ne passerait pas seulement par l’accessibilité aux œuvres, mais par la participation d’un public à celles-ci. Ce sont pour ces raisons que j’ai décidé de réaliser un projet aussi audacieux que nécessaire dans le contexte pandémique : De corps et d’esprit est une œuvre d’art public qui s’intègre harmonieusement au bâtiment, qui offre une lecture que n’importe quel amateur de sport pourra saisir, mais surtout, qui intègre littéralement les usagers de ce centre multisport par le biais du corps et de la performance artistique. Il s'agit de l'une des très rares oeuvres de performance du programme d'intégration des arts à l'architecture. 

 

Partition et performance : jeu et mythologie

Je conçois mes performances comme j’écris de la musique : en partitions. C’est un jeu avec des règles, des limites, un temps et un espace. Mes performances s’apparentent particulièrement à la tradition du jazz, c’est-à-dire qu’il y a un thème et, entre ses différentes itérations, les musiciens improvisent autour de celui-ci, en prenant plus ou moins de liberté, mais toujours en suivant la grille. La composition de ma performance est donc une partition avec un thème, une grille et des interprètes, un grand espace de liberté, et elle est intitulée De corps et d’esprit.

 

Une performance participative

Concrètement, j’ai passé 24 heures dans l’Aréna Pierre-Provencher, de l’heure d’ouverture à l’heure d’ouverture de la journée suivante pour réaliser une œuvre en 5 actes. Je portais l’uniforme officiel du Programme de Découverte Spatiale pour ceux qui mélangent les chiffres et la poésie (S⁴DP+) et étais accompagné d’une sculpture géométrique d’aluminium de 3’ x 4’. Ce polyèdre (rhomboèdre tronqué, aussi appelé le polyèdre de Dürer) fut l’objet de discussions et d’interactions avec les usagers. Intrigant, poussé, touché, renversé, cabossé, glissé sur la glace, le polyèdre devient objet discursif, objet ludique, objet symbolique et, temporairement, objet d’interaction. L’ensemble de cette journée est photographié et filmé par Mériol Lehman. Appuyée par des captations prises à pied, ma proposition visuelle offre deux types d’imagerie : une dite « subjective », c’est-à-dire du point de vue du participant, et une autre dite « objective » où la caméra-drone livrera un point de vue plus distancé, mais spectaculaire. 

 

Intégration à l'architecture

Vingt clichés de la performance sont ensuite tirés en micro-diapositives. Souvenirs de la performance et mémoire d’un moment précis vécu collectivement dans l’Aréna, ces diapositives sont installées dans un module de projection lui-même intégré à l’œuvre sculpturale. Ce dispositif permet de présenter (et représenter) la performance et ses protagonistes, comme une sorte de match d’anthologie mettant alors en valeur les usagers, le polyèdre et Sisyphe. 

Son organisation spatiale est inspirée par la composition de deux équipes qui s’affrontent : 1  – 3 – 2 faisant face symétriquement à 2 – 3 –  1. 

La partie inférieure de cette installation, et uniquement la face exposée vers l’extérieur, est peinte. Les 5 interventions de gauche, représentant l’équipe A, sont peintes de couleur orange, alors que les « chaussettes » de l’équipe B sont peintes en rose. La hauteur des parties colorées varie comme une série de bâtons dans un diagramme statistique offrant une lecture d’une performance sportive.

Photographies du volet performatif du projet

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